Le remariage chretien des epoux divorces, en droit canon


5.  Conclusions sur la question du remariage chrétien

Pour aborder la question du remariage, il a fallu d'abord survoler l'histoire pour connaître l'évolution du mariage et de la sexualité. J'ai parlé du remariage seulement après avoir analysé l’évolution du mariage, les causes qui le déterminent ainsi que la position des deux Églises chrétiennes par rapport au divorce et au remariage.

Dans la société actuelle,  le nombre des remariages a augmenté, par rapport au passé, en raison de la hausse du nombre de divorces et des changements économiques sociaux, culturels, ainsi que de l'augmentation de l'espérance de vie.

Nous avons constaté que l’Église catholique et l’Église orthodoxe ont des positions différentes en matière de divorce et de remariage. Alors que le divorce religieux est admis et considéré dans l’Église orthodoxe comme celui qui produit l'effet de la séparation complète du sacrement du mariage[1], dans l’Église catholique, le divorce n'est pas admis. Quand la vie commune entre les époux devient impossible, l’Église catholique accepte seulement la séparation physique.  Dans des cas exceptionnels, le pape peut dissoudre un mariage en raison de sa non-consommation. Cette dissolution défait complètement le lien matrimonial.

L’Église catholique, à la différence de l’Église orthodoxe, a déplacé son moment d'attention à la dissolution du premier lien matrimonial, à ce qu'elle appelle, en droit canon, « causes de nullité » du mariage. Un mariage déclaré nul par une instance ecclésiastique habilitée, suppose qu'il n'a jamais existé. Implicitement, l'Église offre aux ex-conjoints, la possibilité de conclure un nouveau mariage sacramentel, sauf en cas d’un vetitum judiciaire.

Même sans la dissolution d'un mariage, certains théologiens catholiques  s'efforcent de donner leur avis favorable sur la nécessité de l'admission par l’Église catholique, d'un deuxième mariage, pour les personnes divorcées. Ce deuxième mariage serait alors permis, comme dans l’Église orthodoxe.

A
ujourd'hui, l’Église catholique, officiellement du moins, n'offre pas l'accès aux divorcés-remariés à l'eucharistie[2]. Le 5e alinéa de Familiaris consortio n° 84 affirme:

         « La réconciliation par le sacrement de pénitence - qui ouvrirait la voie au sacrement de l'Eucharistie - ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l’indissolubilité du mariage.

         Cela implique concrètement que, lorsque l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs - par exemple l’éducation des enfants -, remplir l’obligation de la séparation, ils prennent l’engagement de vivre en complète continence, c’est-à-dire en s’abstenant des actes réservés aux époux. »[3]

La question reste ouverte. Si la réconciliation donne l'accès à l'eucharistie, pourquoi pas à la possibilité d'un deuxième mariage ?  Par la miséricorde de Dieu, par la reconnaissance de l'indissolubilité par rapport à laquelle les époux concernés n'ont pas pu y être fidèles, par leur  repentir dans le cadre du sacrement de la réconciliation, un deuxième mariage devrait être permis.

Dans l’Église orthodoxe, les divorcés-remariés, après une période de pénitence, peuvent communier, car la réconciliation, par définition, restaure l'homme dans son état initial et  le fait accéder aux saints sacrements de l'Église.

Les deux Églises s’accordent à dire que l'engagement pris par deux baptisés de s'aimer selon l'Évangile du Christ, dans le cadre d'une alliance semblable à l'alliance de Dieu et de l'homme, définissent la sacramentalité du mariage. Les époux forment une union semblable à l'alliance entre le Jésus Christ et Son Église (Éphésiens 5, 31-32).

Si le mariage est conclu dans ce mystère de l'amour du Christ et de l'Église, il devient sacramentel, même s'il est second.  Alors que le droit canonique de l’Église catholique reconnaît la sacramentalité d'un nouveau mariage contracté après la dissolution du premier lien, l’Église orthodoxe ne considère pas le deuxième mariage comme étant sacramentel.

L’Église orthodoxe ne veut pas fermer impitoyablement la porte de la miséricorde, mais elle reste néanmoins fidèle à l'enseignement du Nouveau Testament.[4]  Il convient de dire qu’une saine attitude pastorale n’est pas synonyme d’une indulgence sans limites. Si l’Église orthodoxe applique le principe dit d’économie, c’est pour assouplir, dans des cas exceptionnels, la rigueur du droit canonique. L’économie a été appliquée le plus fréquemment dans le cadre du sacrement de mariage.[5]

En que concerne l’Église catholique, je suis du même avis que Joseph Moingt qui affirme: « Sans avoir à se déjuger, l'Église pourrait envisager de redonner vigueur à son ancienne discipline, en la renouvelant, car c'est le propre des disciplines sacramentelles de s'adapter aux changements des temps pour rester toujours utiles aux hommes, conformément à la volonté du Christ. Elle n'a pas de pouvoir sur les lois que son Fondateur lui a données, mais elle a autorité sur leur application aux situations personnelles, de même que sur l'administration des sacrements ».[6]

La question des nombreux divorcés qui désirent pouvoir se remarier devrait être analysée sans chercher une exception à la loi qui limite sa portée, ni une dispense, mais en reconnaissant, dans certains cas, une impossibilité morale ou physique de se conformer à la loi.  Dans le cas des échecs conjugaux, alors qu'il y a une impossibilité prouvée de se conformer aux prescriptions strictes de la loi, l’Église catholique doit chercher et appliquer la meilleure attitude pratique pour mieux accueillir ses fidèles.

Devant la situation des chrétiens innocents, dont la première union matrimoniale a irrémédiablement échoué, je m'interroge si l'Église a vraiment le droit de les condamner impitoyablement à la solitude pour le reste de leur vie. L'actuelle  attitude de l'Église  catholique qui empêche les divorcés de se remarier et de communier me semble injuste. Le désir de se remarier à l'Église est un véritable témoignage de la foi des couples divorcés. Je suis confiant que le droit canonique de l’Église catholique répondra favorablement, dans un avenir proche, aux innombrables demandes des divorcés qui désirent que leur remariage soit béni par l'Église.

L’Église orthodoxe, tout en acceptant le remariage, ne compte pas, pour l’instant, plus de divorcés que l’Église catholique qui n’accepte jamais le divorce. Ceci pour dire que, si l’Église orthodoxe accepte le remariage pour une question d’économie, de miséricorde, elle n’encourage surtout pas les divorces.

         Pour conclure, vu le rôle fondamental de la famille dans le christianisme, vu l’ampleur du phénomène des divorces dans la société actuelle, vu les demandes des personnes divorcées qui désirent se remarier religieusement et vivre pleinement une vie évangélique dans l’Église, je pense que le remariage religieux devrait être permis, dans certains cas, moyennant une période préalable de pénitence, dans toutes les confessions chrétiennes.

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[1]    FLOCA, I., Drept canonic ortodox, legislatie si administratie bisericeasca , vol. II, ed. Institutul Biblic si de misiune al BOR,  Bucuresti, 1990, p 101-111. (Ici p.108).

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